Julos Beaucarne 1936-2021

Julos Beaucarne

Lire l’hommage sur le site du Monde Libertaire : https://www.monde-libertaire.fr/?article=Julos_tu_nous_lavais_toudis_promis

Lettre à Kissinger

j’veux te raconter Kissinger
l’histoire d’un de mes amis
son nom ne te dira rien il était chanteur au Chili

ça se passait dans un grand stade
on avait amené une table
mon ami qui s’appelait Jara
fut amené tout près de là

on lui fit mettre la main gauche
sur la table et un officier
d’un seul coup avec une hache
les doigts de la gauche a tranché

d’un autre coup il sectionna
les doigts de la dextre et Jara
tomba tout son sang giclait
6000 prisonniers criaient

l’officier déposa la hache
il s’appelait p’t’être Kissinger
il piétina Victor Jara
chante dit-il tu es moins fier

levant les mains vides des doigts
qui pinçaient hier la guitare
Jara se releva doucement
faisons plaisir au commandant

il entonna l’hymne
de l’unité populaire
repris par les 6000 voix
des prisonniers de cet enfer

une rafale de mitraillette
abattit alors mon ami
celui qui a pointé son arme
s’appelait peut-être Kissinger

Cette histoire que j’ai racontée
Kissinger ne se passait pas
en 42 mais hier
en septembre septante trois

JOURNÉES GASTON COUTÉ 1, 2 et 3 octobre 2021 MEUNG-SUR-LOIRE (45)

Journees-G-Coute-2021

Les Journées Gaston Couté rendent hommage à un écrivain d’exception qui, certes encore trop méconnu, occupe une place primordiale dans la poésie populaire. Gaston Couté, victime de la vie de bohème et des privations, est mort à 30 ans en laissant un recueil de poésie, La Chanson d’un gâs qu’a mal tourné.

Depliant-Journees-G-Coute-2021

Pietro Ferrua 1930-2021

Pietro Ferrua

Le fondateur du CIRA est mort le 28 juillet 2021 à Portland, Oregon, États-Unis.`

Il était né à Sanremo le 18 septembre 1930, d’une mère à la maison et d’un père croupier au casino. Tout jeune, il servit d’estafette à la Résistance. À la libération, il forma à Sanremo, avec deux compagnons, le groupe anarchiste Alba dei Liberi. Tous trois refusèrent de faire leur service militaire. Emprisonné en 1950 pour objection de conscience, Ferrua vécut ensuite dans une semi-clandestinité, co-organisant des campings libertaires internationaux, rédigeant la revue Senza limiti (1952-1954, 5 numéros), travaillant sur des chantiers du Service civil international. —- Il est arrivé en Suisse en 1954 pour échapper à la prison, et a d’abord été hébergé chez Lise Ceresole, veuve du fondateur du Service civil international, au Daley-sur-Lutry, puis il s’est installé à Genève pour y faire des études d’interprète-traducteur. Il y a retrouvé des compagnons anarchistes qu’il a engagés à poursuivre le travail de Louis Bertoni; c’est ainsi qu’en 1957 reparut une série du Réveil anarchiste/Risveglio anarchico, mensuel pendant une année puis irrégulier. Y collaboraient notamment Alfred Amiguet et André Bösiger pour la partie française, Claudio Cantini, Carlo Frigerio, Carlo Vanza et Ferrua (sous la signature de Vico) pour la page en italien.

La même année, il lança le projet d’une exposition sur la presse anarchiste du monde entier; il envoya quantité de lettres avec des succès variés. C’est de là qu’est née l’idée du Centre international de recherches sur l’anarchisme (CIRA), pour conserver les périodiques qui arrivaient. Les ouvrages récupérés de la bibliothèque de Louis Bertoni et du groupe Germinal de Genève sont venus s’y ajouter, puis un grand nombre de livres ayant appartenu à Jacques Gross et à d’autres militants qui adhérèrent tôt au projet, Hem Day, E. Armand, André Prudhommeaux, la SAC suédoise, etc. Par la suite, le CIRA reçut les archives du SPRI et de la CRIA (Secrétariat provisoire aux relations internationales et Commission de relations internationales anarchistes, 1947-1958) qui restèrent longtemps empaquetées et n’ont été inventoriées que quarante ans plus tard.

Pietro Ferrua a toujours cherché à obtenir la reconnaissance du courant anarchiste dans les milieux intellectuels et universitaires. À cette fin, il tâcha de réunir un comité d’honneur international du CIRA, réunissant des chercheurs et des militants; cela eut un certain écho, mais il essuya aussi plusieurs refus. Il développa les contacts avec la Bibliothèque universitaire et celle des Nations Unies à Genève, alors que le CIRA était encore constitué de caisses de journaux et de piles de livres sur les étagères branlantes d’une chambre.

Il avait aussi réuni des étudiants et jeunes chercheurs pour aider au catalogage, organiser des conférences, publier (et polycopier) le Bulletin du CIRA. En 1955, au camping anarchiste de Salernes (Var, France) s’étaient organisées des filières pour réfractaires français, algériens ou italiens. Plusieurs résidaient à Genève, où la frontière n’était pas difficile à passer. Dans un élan de solidarité internationale, quatre jeunes gens lancèrent quelques bouteilles incendiaires contre le consulat d’Espagne, en février 1961, ce qui suscita un important mouvement d’opinions favorables, mais aussi des arrestations et des expulsions. Pietro Ferrua dut quitter la Suisse en janvier 1963, laissant le CIRA à Marie-Christine Mikhaïlo et Marianne Enckell qui l’ont repris au pied levé; avec sa femme brésilienne et leurs deux enfants, il partit vivre à Rio de Janeiro. Il y reprit rapidement ses activités intellectuelles et militantes, fondant notamment la section brésilienne du CIRA, jusqu’à une nouvelle expulsion en octobre 1969; grâce à des liens familiaux, il trouva un nouveau havre aux États-Unis, à Portland, Oregon.

Il put y enseigner de 1970 à 1987 au Lewis and Clark College; il était chargé des langues étrangères, de la littérature comparée et de l’histoire du cinéma. Il s’intéressait depuis toujours aux formes artistiques et littéraires d’avant-garde: il organisa en 1976 le Premier symposium international sur le lettrisme et publia plusieurs travaux et œuvres dans ce domaine; il était aussi membre de l’Internationale novatrice infinitésimale (INI). Il fallut de longues annnées pour qu’il puisse revenir en Europe, quand ses interdictions de séjour en Italie, en France et en Suisse furent enfin levées; il résida alors quelque temps à Nice et à Sanremo, où il prenait soin de sa mère.

L’intérêt pour l’anarchisme ne le quittait pas. En 1980, il parvint à organiser dans son université une semaine internationale de débats, de films, de concerts et d’événements sur l’anarchisme, malgré des craintes irrationnelles de la hiérarchie. Il publia des études sur Surréalisme et anarchie, Anarchisme et cinéma, Les anarchistes vus par les peintres, ainsi que deux livres importants sur les anarchistes dans la révolution mexicaine et un bilan des sources à ce sujet, et poursuivit ses recherches sur les origines de l’objection de conscience en Italie.

Il donna aussi des articles à A rivista anarchica, ApArte et à la Rivista storica dell’anarchismo, à la revue Art et anarchie, aux Bulletins du CIRA de Genève/Lausanne et de Marseille, à des publications brésiliennes et à nombre d’autres revues et ouvrages collectifs.

À sa retraite, il obtint encore quelques mandats d’interprète, mais vécut chichement, ce qui le contraignit à vendre une partie de ses archives. Il organisa toutefois des festivals de cinéma, participa à divers colloques internationaux, poursuivit plusieurs recherches.

Ces dernières années, sa santé s’était détériorée. Il avait eu la douleur de perdre prématurément sa fille Anna et son fils Franco; sa femme Diana Lobo Filho est aussi décédée avant lui. Quelques ancien·ne·s élèves qui étaient restés proches de lui ont pu l’accompagner fidèlement jusqu’à ses derniers jours, alors qu’il résidait dans un établissement hospitalier et ne parlait plus.

Certaines des archives de Pietro Ferrua ont été dispersées ou saisies lors de ses exils successifs, mais il en avait conservé et reconstitué une grande partie. Elles ont été versées (ou le seront prochainement) à l’Archivio Famiglia Berneri à Reggio Emilia (Italie), à la Labadie Collection de l’Université d’Ann Arbor (Michigan, États-Unis) et au CIRA de Lausanne.

L’initiative de Ferrua a donné naissance à d’autres CIRA, à la vie longue ou éphémère, mais regroupés depuis 1974 sous divers noms dans le réseau FICEDL (Fédération internationale des centres d’études et de documentation libertaire, ficedl.info).

août 2021 / ME, CIRA Lausanne

BRASSENS ET SA FAMILLE ITALIENNE – Sète le 14 octobre 2021 à 18h

Brassens et sa famille italienne

La conférence est consacrée au thème de la famille italienne de Georges Brassens
et retrace les liens qui unissent Brassens à l’Italie, par le biais de ses grands-parents maternels, originaires de Marsico Nuovo en Basilicate, et à travers les traces « italiennes » dont le parcours du chanteur est parsemé. La conférence est illustrée de photographies et prend appui sur l’ouvrage Sur Brassens et autres «enfants» d’Italiens, textes et témoignages recueilli par, Presses universitaires de la Méditerranée, Montpellier, 2017.

Isabelle Felici est professeure en études italiennes à l’université Paul-Valéry Montpellier 3. 100 ANNI DI BRASSENS TRA ITALIA ET SÈTE

par Alessio Lega, voix et guitare, Guido Balboni, accordéon et voix, Rocco Marchi, basse et percussion

Le concert propose des chansons de Georges Brassens en italien et dans différents dialectes, ainsi que de chants populaires et de chants d’auteur-compositeur (dont Alessio Lega). Les morceaux seront présentés en français. Le concert est dédié à la mémoire de Giovanni Ruffino, compositeur-interprète, ambassadeur de Georges Brassens en France et en Italie.

Alessio Lega est né à Lecce en 1972 et vit à Milan. Chanteur, compositeur, écrivain et poète, ses spectacles scéniques ou enregistrés, pour enfants ou adultes, portent sur le récit, parlé ou chanté. La musique, le théâtre, le cabaret se mêlent aux répertoires contemporains ou historiques. Ses spectacles puisent dans l’histoire de la chanson d’auteur ( Fabrizio De Andrè, Enzo Jannacci…), chez les poètes français ( Brassens, Ferré ), russes, hispanophones et dans les répertoires populaires (participation au spectacle de folk contemporain Bella ciao 2014-2021 ). Alessio Lega a dix disques ( plusieurs fois primés) à son actif, cinq livres et des dizaines d’articles. Éternellement engagé dans les revendications pacifistes et révolutionnaires, dans les luttes pour les travailleurs et les classes subalternes, il est fier d’être considéré comme un Don Quichotte moderne, indifférent à toute mode et disponible pour toute initiative non commerciale. Pour plus d’informations et pour écouter des extraits de ses disques : http://www.alessiolega.it/