Disparition de Bernard Castella alias Lukas Stella

★ textes et livres de Lukas Stella

. Mon ami et compagnon anarchiste Bernard Castella, surnommé Nanar, vient de casser sa pipe. Il disparait à l’âge de 67 ans, mais reste de lui plein de textes et de souvenirs.

. Sous le pseudo Lukas Stella, il a écrit une dizaine de bouquins, y compris aux Editions Libertaires, mais aussi de nombreux textes gratuits, imprimés sous formes de tracts ou disponibles en PDF téléchargeables. Ancien graphiste et diplômé des Beaux-Arts, il aimait également mettre en forme ses textes et les nôtres sous forme de visuels accompagnés d’images, dans la lignée des années 60/70. Il aimait particulièrement Vaneigem, Jean-François Brient, Bakounine et Debord.

. Actif dans les luttes locales de St-Étienne et alentours, il suivait également de près ce qui se passe en Grèce et participait régulièrement à la préparation des convois solidaires avec nous. Il était aussi connecté avec le Chiapas et le Rojava, entre autres.

. Avec son caractère bien trempé et sa quête d’absolu, il participait à de nombreuses luttes, notamment celle des chômeurs (cofondateur du collectif des Feignasses), sillonnait les squats et les ZAD, ainsi que toutes sortes de lieux créatifs et autogérés. Il agissait régulièrement au côté des Roms et des sans-papiers, soutenait les camarades en procès et participait aux mobilisations, comme le contre-G8 par exemple.

. Le pouvoir lui était insupportable et la société autoritaire était toute entière à renverser. À ses yeux, le capitalisme était indissociable de l’immense machine de propagande qui nous intoxique et tourne sans cesse à son service, dans tous les recoins de nos vies. Pour Nanar, la société totalitaire était assurément déjà là : omniprésente et omnisciente, reconnaissable à sa volonté de tout savoir et de tout contrôler.

. Militant anarchiste infatigable durant de longues années, Bernard Castella a fini par succomber dans un monde qu’il désirait voir changer, mais qui s’enfonçait sans cesse dans la dystopie au fil des années. À chacun de nos échanges, il s’inquiétait de l’évolution des choses et, en particulier, des métamorphoses du pouvoir et de ses moyens croissants.

. Mais il savait avec nous que rien n’est encore perdu. D’où son intérêt pour toutes les zones de résistances et leurs spécificités. Bernard savait que nos chaînes sont d’abord dans nos têtes et qu’un véritable bras de fer se joue en permanence en matière d’imaginaire social : entre les vendus de la société mortifère d’un côté et les réinventeurs de la vie à défendre de l’autre.

. Tout ce que pensait Nanar est résumé dans les nombreuses et inspirantes citations qu’il avait progressivement rassemblées à la une de son site internet : http://inventin.lautre.net

. Une véritable mine, à lire, à relire, à ruminer et à traduire en actes (tant que son site est encore en ligne, avec aussi des pages en anglais et en espagnol), même si nous n’étions pas toujours d’accord sur tout, et tant mieux : ce n’était que plus agréable de discuter !

Salut Nanar ! Merci pour tout ! Ce soir, on boira une petite mousse à ta mémoire.

Yannis Youlountas