Ángel TOMÁS : 1921-2020

un des derniers témoins de la Révolution libertaire en Espagne

Ángel Tomás est né le 23 mai 1921 à Cheste, village de 5 000 à 6 000 habitants (plus de 8 000 de nos jours), qui se trouve à 28 kilomètres à l’ouest de Valence. On y parle le castillan alors qu’à Valence, on parle le valencien, variété du catalan.
Ses parents sont des cultivateurs de la classe moyenne. Sa mère souhaite qu’il fasse des études.

Pendant la Révolution, fin 1936, avec douze camarades, il ouvre à Cheste un atelier pour apprendre à lire aux très nombreux illettrés et analphabètes après leur travail. Par ailleurs, il est l’un des fondateurs d’un Athénée libertaire qui fonctionne sous l’égide des Jeunesses libertaires dont il est le secrétaire. Les recettes d’une séance de cinéma hebdomadaire permettent d’acheter livres, cahiers et stylos… Les débats portent sur le contrôle des naissances, l’amour libre, le tabagisme, l’alcoolisme… Une bibliothèque libertaire est constituée.

Sous l’influence de la CNT (Confédération nationale du travail, anarchosyndicaliste), syndicat majoritaire à Cheste, une partie des terres sont collectivisées. La propriété est commune, l’argent a disparu. 720 personnes participent à la collectivité.

Vu son jeune âge, Ángel ne participe pas aux combats (il sera fier plus tard de n’avoir jamais porté une arme). Il participe à la distribution des denrées; il rapporte de Valence le matériel nécessaire au fonctionnement de l’Athénée (films, livres, propagande…) ; il aide à construire des abris anti-aériens ; il s’occupe des réfugiés venus des régions tombées aux mains des fascistes.

En mars 1939, devant l’avancée des fascistes, il part pour Alicante dans l’espoir de trouver un bateau. Mais aucun n’arrive et il est fait prisonnier par les fascistes qui l’enferment au Campo de los Almendros (Camp des Amandiers). Transféré trois jours plus tard dans un autre camp de la région (le Campo de Albatera), il réussit à s’enfuir et retourne dans son village.

À Cheste, il fait partie de la CNT clandestine. Il fabrique des faux papiers. Il sent que l’étau se resserre alors qu’il doit bientôt faire son service militaire. En 1940, il décide de s’enfuir. Direction : Andorre en

plein hiver. Puis il rejoint Vicdessos en Ariège où il s’engage dans le réseau Ponzán qui organise des passages clandestins de la frontière. Il ira ainsi plusieurs fois à Barcelone. Sous le faux nom d’Ange Thomas (identité qu’il va garder jusqu’en 1965), il travaille comme bûcheron à Rabat-les-Trois-Seigneurs (Ariège).

En 1941, il part travailler à Rians dans le Var dans une compagnie de travail qui produit du charbon de bois. Il se rend régulièrement à Marseille d’où il peut ravitailler ses compagnons grâce à de fausses cartes d’alimentation. Il échappe au travail forcé en Allemagne grâce à la protection du consul du Mexique, Gilberto Bosques. Il obtient un visa pour le Mexique, mais faute de bateau, il part se mettre à l’abri en Corse où il exerce à nouveau le métier de bûcheron. Avant que l’île ne soit libérée en octobre 1943, il a des contacts avec la Résistance locale.

En 1945, de retour sur le Continent, il va travailler le bois à Méounes-les-Monteux dans le Var. Il y rencontre sa compagne Jeanne Griseri, fille de laitiers. Il l’épouse à Marseille en 1947. Il travaille dans une entreprise de fabrique et de commerce de chaussures organisée selon les principes libertaires. Ángel et Jeanne ont trois enfants : José, Antoine et Michel. En 1950, il ouvre un commerce d’alimentation à Méounes. Il reste toujours solidaire avec ceux qui sont dans le besoin. Par ailleurs, il continue de fréquenter les Jeunesses libertaires à Marseille et collabore à leur journal Ruta.

Ángel Tomás est resté toute sa vie fidèle aux idéaux anarchistes. Il était membre du CIRA depuis plus de 30 ans. Il se tenait au courant de l’édition et nous demandait régulièrement des bouquins. Il est décédé le 10 août 2020 à Méounes. Il avait 99 ans ! Que la terre te soit légère ! (Comme l’on dit de l’autre côté des Pyrénées).

Le CIRA de Marseille

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